
"Vingt-quatre
heures de tournée avec un faiseur de développement" Tombouctou Finn
Tore Rose, le représentant du PNUD au Mali, le Programme des Nations
Unies pour Développement – un saint à sa manière – s’engouffre
dans l’une des 4x4. Direction : le croisement entre la rue de la
paix et la rue des Nations Unies. Puis la place de la Flamme de la Paix.
Ici, le 27 mars 1996, quelque 3.000 armes avaient été brûlées. C’était
la fin de la guerre civile qui avait ravagé le nord du Mali depuis 1990. Le
représentant (norvégien) du PNUD fut l’un des artisans de cette paix.
Aux quelques journalistes qui l’accompagnent, il déclare, quasiment
solennel, encore ému : il
n’y a pas développement sans sécurité. Le
sable tente sans cesse d’ensevelir Tombouctou, qui résiste. Dans une
rue du centre, une échoppe attend d’improbables touristes. Articles en
cuir. Elle est tenue par d’anciens combattants touaregs, qui ont déposé
les armes. Chacun a reçu l’équivalent de 20.000 francs belges du PNUD
pour démarrer cette affaire. Il fallait rétablir la sécurité, martelle Finn Tore Rose. Depuis
la paix, le développement a repris. En septembre 1996, la télé est
arrivée : dix huit villes du nord ont reçu chacune cinq postes de télévision.
Tombouctou en était. Comme le fleuve Niger, qui coule là – ses
poissons mangent, paraît-il, les jeunes plants dans les rizières -, le
progrès a d’étranges détours. Midi .
Malgré
le vent de sable, le DC-3 a atterri à Mopti, cœur de la région la plus
pauvre du Mali : le pays dogon. Trois heures de piste plus loin, le
convoi s’arrête dans le hameau d’Anakaga. Les femmes dansent
galamment, leur bébé sur le dos. Le chef et le conseil du village font
un accueil chaleureux au représentant du PNUD, « chef » des
visiteurs. Ici,
comme dans une cinquantaine d’autres villages, le PNUD a installé une
« plate-forme multifonctionnelle », c’est à dire un petit
moteur diesel qui fait un peu de tout : moulin, décortiqueuse,
alternateur, chargeur de batterie, pompe, poste de soudure, etc. Ce sont
les femmes qui pilaient. Ce sont elles qui le gèrent. Elles ont appris à
lire, à écrire et à compter. Révolution et à compter au pays dogon… C’est
tellement évident,
dit Finn Tore Rose. Pourquoi ,ne
l’a – t-on pas fait avant ? Dans
d’autres villages, la machine fonctionne déjà avec de l’huile de
pourghère, une plante qui pousse très bien par ici. Un litre consommé,
21 litres produits ! Le carburant parfait ? 16
h 30. Quelques
kilomètres plus loin. Sous le baobab central du hameau de Kerou, à
l’ombre de la petite mosquée d’argile, Dogons et Peuls, hommes et
femmes, tous sont là pour recevoir les visiteurs. Le grand plat de cacahuètes
passe de main en main. Nous avions
un vrai problème de bois, dit la porte parole des femmes. On
nous a montré sept types de foyers améliorés, qui consomment peu de
bois. Nous en avons choisi un, rapide. C’était important qu’il soit
rapide. Aujourd’hui,
le hameau compte 44 foyers améliorés. Et un point d’eau aménagé.
Mais pas d’école. Et pas de centre de santé. Pour les enfants de Kerou,
loqueteux du bout du monde, le chemin est encore long… 21
heures.
Le représentant du PNUD et son groupe gravissent à pied la falaise de
Bandiagara. A droite : le vide (qui semble moins vide la nuit). En
haut : le Hogon, le chef absolu des Dogons de cette région, qui
attend la délégation dans sa petite caverne ouverte aux vents. Il
attend aussi et surtout la mort, à flanc de rocher, seul déjà coiffé
de son linceul. Elu
parmi les vieux sages, il règne du haut de ce trône naturel, rend la
justice, conseille, offre des sacrifices, manipule ses fétiches, reçoit
les hôtes de marque. Sans jamais redescendre. Echange
de formules de circonstance. Au-dessus, dans une autre cavité, une
chauve-souris facétieuse s'époumone :
chuut, chuut, chuut… Le
Hogon fait tinter sa clochette : Pour chasser les mauvais esprits. Le
feu grésille. La nuit sahélienne sera fraîche.
M.LI |
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